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Quel rôle joue l’agriculture dans le changement climatique ?

« Agriculture et changement climatique » était le thème de la journée spéciale qui s’est déroulée le 28 octobre dernier à l’Institut Français de Milan, dans le cadre des « Mercredis du Pavillon de la France ». Jean-Marc Guehl et Philippe Debaeke, chercheurs impliqués dans le métaprogramme ACCAF, ont représenté l'Inra dans un panel qui incluait également le scientifique Jean Jouzel et le photographe Yann Arthus-Bertrand.

Expo universelle Milan 2015 - Les mercredis du Pavillon de la France :vidéos. Composition de logos. © Inra
Mis à jour le 18/11/2015
Publié le 18/11/2015

Responsables de 10 à 20% des émissions de gaz à effet de serre, l’agriculture et les forêts comptent aussi parmi les solutions pour faire face aux changements climatiques. Plusieurs équipes de l’Inra s’intéressent aux effets de ces modifications rapides et proposent de nouvelles pistes pour s’y adapter, notamment dans le cadre du métaprogramme « Adaptation au Changement Climatique de l’Agriculture et de la Forêt » (ACCAF). La dernière conférence des « Mercredis du Pavillon de la France » était l’occasion de faire la part des choses et de dresser un état des connaissances avec le grand public.

Jean-Marc Guehl, directeur de l’UMR Ecologie et Ecophysiologie Forestières (EEF) (Département Ecologie des Forêts, Prairies et milieux Aquatiques (EFPA), Nancy-Lorraine) était invité à intervenir sur le thème « Les impacts du changement climatique sur les forêts, milieux naturels et cultivés : évolutions observées et estimations pour le futur ». Il a ainsi pris l’exemple de la forêt pour montrer les différents effets du changement climatique et des changements atmosphériques tels la concentration  en dioxyde de carbone ou les polluants azotés. Les effets actuels sont parfois positifs comme pour l’augmentation de la production de biomasse de certaines espèces, mais, à terme, les effets adverses liés à la sécheresse ou aux canicules prédomineront.

Quel impact sur les milieux naturels ?

Quel est l’intérêt des plantations forestières ? L'atténuation du changement climatique par les forêts est-elle compatible avec l'exploitation de la forêt, voire son intensification, dans certaines situations ? Voici quelques-unes des questions posées au chercheur, qui souligne qu’en Europe, par exemple, les prélèvements en forêt sont inférieurs à la production biologique et qu’augmenter les prélèvements permettrait d'accroître l'atténuation par la substitution de carbone d’origine fossile par du carbone renouvelable, issu de la biomasse ligneuse. Par ailleurs, les plantations forestières, sont, pour Jean-Marc Guehl, un moyen de réduire la pression sur l'exploitation des forêts naturelles. Le contrôle plus important des forêts plantées par des actes de gestion, comparativement aux forêts régénérées naturellement, permet une meilleure adaptation active au changement climatique.

Celui-ci entraîne toutefois une profonde modification des paysages. « Avec un réchauffement de 1.°C, on va avoir un déplacement des zones climatiques de 150 à 180 km vers le Nord et de 150m en altitude, à nos latitudes », constate le spécialiste de l’adaptation des arbres et de la forêt. « Cela aura un effet sur les zones potentielles de répartition des espèces. La variabilité génétique des arbres est un atout pour leur adaptation, mais elle ne suffira sans doute pas ».

Favoriser l’agroécologie

Philippe Debaeke, de l’UMR AGroécologie, Innovations, TeRritoires (AGIR) (Département Environnement et Agronomie (EA), Toulouse Midi-Pyrénées) a expliqué quant à lui à l’auditoire comment s’adapter au changement climatique (par l’agronomie et la génétique)  et limiter la contribution de l’agriculture au réchauffement global (par la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et par le stockage du carbone dans les sols et la biomasse). Il a rappelé que des gaz autres que le CO2 contribuent à réchauffer la planète, comme le protoxyde d’azote (N2O), dont les émissions sont essentiellement dues à l’utilisation d’engrais minéraux azotés pour l’intensification de l’agriculture, et le méthane (CH4), lié à l’activité des ruminants.

Une nouvelle voie pour l’adaptation au changement climatique est envisagée par les agronomes. Il s’agit de l’agroécologie, qui a pour but de concilier le développement agricole et la protection de l’environnement et de la biodiversité. Ceci s’inscrit par ailleurs dans la recherche d’un compromis entre production agricole, stockage du carbone et réduction des émissions de GES. Selon Philippe Debaeke, une prise de conscience est en train de s’opérer pour beaucoup d’agriculteurs, également citoyens, qui ont la volonté de changer leur façon de travailler. Certains pionniers deviennent même des références pour la recherche, qui souhaite comprendre pourquoi certaines pratiques fonctionnent et généraliser ces bons exemples. « On espère convaincre plus d’agriculteurs d’entrer dans cette voie aujourd’hui », a conclu l’ingénieur agronome.
La vidéo de la dernière conférence (52 min.) au Pavillon de la France est accessible sur internet.